Là, de plus en plus, non tout de suite, non de plus en plus, elle ressent ce besoin, elle veut voir, entendre, elle veut lire, oui elle veut lire des choses « belles », « justes », absolument relatives et relativement absolues ; des choses qui râpent l'intérieur et la laisseront sur le carreau, ivre de bonheur enfin ou ivre d’ivresse seulement, exsangue, apaisée. Elle a passé trop de temps sur ses propres routes de traverses, trop d’espoir, trop de colère, trop de chagrin, trop de plaies, trop de bosses, trop de rires disparus, trop.
Ses forces la quittent, elle sait qu’elle ne rattrapera pas le temps perdu, qu’il lui reste peu, qu’il lui reste juste peut-être l’espace des rencontres qu’elle aurait dû accepter. Avant.
Elle regarde passer les Colette, les Artaud, les Beckett, les Queneau – elle les regarde comme une enfant qui sait que tous les cadeaux qu’il y avait au pied du sapin auront disparu parce qu’elle se sera réveillée trop tard, parce qu’elle avait trop mal et aura si longtemps choisi un autre sommeil.
Même les yeux écarquillés ses souvenirs ne s’estompent désormais plus. Son corps de partout bringuebalé se jette dans cette ultime bataille, corps à corps, derniers vertiges – épouser les mots, coucher avec les idées, mourir avec le savoir.