Je l'aime bien, ce terrain de camping désaffecté à flanc de coteau. Oh ce n'était pas un de ces campings qui se la pétait, hein, ça se voit encore. On sent le camping de prolos, on sent les Trente Glorieuses. On passe l'antique barrière rouille et blanche qui barrait jadis l'entrée et puis on remonte l'allée dorénavant partiellement recouverte de terre et qui zigzague dans les feuilles mortes. De loin en loin, une cahute dissimule une douche et des toilettes rudimentaires qu'au fil du temps les morveuses(-eurs) du proche patelin, hérédosyphilitiques et désœuvré(e)s, ont fini par dézinguer. Et puis ces petits emplacements, encore reconnaissables malgré la végétation. Strict minimum. Juste l'espace pour une canadienne et la Quatre Chevaux®. Ou une Vespa®, un transistor et un Teppaz®.
En bas les vestiges de la buvette — et les restes du mini-golf dans lequel on se croyait à bord de l'ascenseur social.
D'un bout à l'autre de l'abandon ça schlingue De Gaulle, les yéyés, la nostalgie et l'ennui.
C'est bon, l'ennui.
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Dazibao initialement publié ici.