Elle rigole toute seule : elle se voit en fait, oui, elle se voit elle-même, le derrière dans le sable humide, à regarder droit devant, le rivage, les gens – peu nombreux en cette période de l’année –, et là-bas l’Amérique – ou peut-être pas ? Elle ne sait plus de quel côté de l’île elle se trouve, elle avait été bonne en géographie pourtant, autrefois, elle connaissait tout par cœur, elle traversait les pays sans se perdre et puis les choses se sont évaporées, elle sait juste qu’elle a tourné, à la recherche de la mer, et qu’elle aboutit ici. Comme par hasard.
Elle a reconnu tout de suite, le pont au loin, le bord de la route, l’automobile garée quasiment au même endroit, juste un peu plus rouillée par les attaques de l’océan. Pour un peu elle aurait reconnu les débris sur la plage, bidons et sandales venus s’échouer après un possible tour du monde, os de seiches, odeurs entêtantes, goémon.
Elle en est sûre il y a dix ans c’est là qu’elles étaient, toutes les deux, elles étaient venues marcher, en amoureuses. Le ciel était alors limpide et elle croyait que ça durerait toujours.
P.-S. Tenez, tant que j'y pense, juste pour vous, un très beau film à voir : Regarde la mer, de François Ozon. Ne vous laissez pas rebuter par le phrasé.