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7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 17:52

 

Elle pensait que le futur préexistait, vous comprenez ? Qu'il était là, tapi dans un coin, à attendre qu'elle arrive. Alors elle a tout retourné, regardé derrière chaque porte, sous le lit, sous la carpette, en ville derrière les marronniers de la grande allée. Rien. Il n'y avait rien. Son avenir n'était pas là.

 

Elle a pris son havresac et s'en est allée. Il était peut-être ailleurs, après tout, le long d'une route imbécile, au pied d'un causse, au fond d'une bouteille de vodka, au détour d'un acide, à l'ombre d'un rail de coke, dans un sexe qui la transpercerait de la tête aux pieds, dans un amour qui l'aurait transcendée. Dans un rock joué trop fort ou à la barre d'une pompisterie la nuit au milieu de nulle part.

 

Rien. Il n'y avait rien. Que ces petits morceaux d'histoires qui sont à son insu devenus son histoire.

 

Son futur, elle l'a dépassé sans même s'en apercevoir.

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 22:42

 

« Pour que l'événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu'on se mette à le raconter. »
(Jean-Paul Sartre)


« Entre la vérité et le mensonge, il y a la littérature.​​​ ​​​​»
(Nicole Garreau)


« Eh, oh, je raconte ce que je veux ; à ce que je sache on n'a pas reproché à Victor Hugo de n'être point misérable. ​​​​»
(Encore Nicole Garreau)

 

NDLA : Cette petite image bouge (parfois) si on clique dessus ; c'est de la magie.
Ce n'est pas moi qui l'ai faite, je l'ai chipée sur cette page.

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 21:01

 

Elle n'est pas aveugle : elle voit bien que la Terre monte, elle voit bien que le ciel descend
— et elle voit bien qu'elle reste coincée entre les deux.


Voilà qu'accoudée à la balustrade elle attend que sa propre silhouette s'écrabouille, elle qui croyait avoir pris suffisamment de recul par rapport à elle-même pour ne même plus s'apercevoir à l'horizon.

 

 

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 19:07

 

« La différence ? La différence c'est que dans un système communiste la chaîne et le boulet sont gracieusement fournis, tandis que dans un système capitaliste on vous contraint à les acheter vous-mêmes. »

 

(Nicole G., punkàchienne goudou nullipare stoïco-nihiliste kimilsungiste-kimjongiliste-kimjonguniste, fin IIe – début IIIe siècle du calendrier rationnel.)

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 13:07

 

Elle voulait des bourrasques, du vent dans son cheveu. Elle voulait remonter le sentier et sa capuche sous la pluie et le poids des ans, elle voulait s'emmitoufler dans d'invraisemblables enchevêtrements de tissus, n'avoir plus que le nez qui dépasse, ahaner un peu, avoir de la buée sur son lorgnon, sentir son pied glisser sur la roche. Elle voulait faire une dernière fois partie du Tout, posséder le monde, être avalée par la Terre et aspirée par les cieux.

 

« La beauté est du côté d'Éros ; le sublime de celui de Thanatos. »

 

Au lieu de cela brumaire se terminait sous un ciel sans aspérités et un Soleil imbécile.

 

Elle aurait tant aimé revoir l'hiver.

 

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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 13:27

 

Elle est toujours assaillie à ce moment-là, lorsqu'elle traverse la plaine à pieds, quand rien d'autre dans l'uniformité du paysage n'attire l'attention qu'un poteau télégraphique ou une vague nuance entre deux ocres, entre deux jaunes, entre deux gris. C'est ici, dans ce coin de Vendée, près de ce parking depuis longtemps désaffecté, qu'elle se promet à chaque fois de vous conter tel ou tel épisode de cet autre temps, de cette autre vie, de ces autres pas, de ces autres plats. Qu'elle se promet, tant qu'elle s'en souvient, de vous décrire les étendues à l'approche de la Mer du Nord ou de la Baltique (« Ah ? Vous habitiez chez vos harengs ? »), de vous conter l'étreinte de l'air et le vent, le havresac qui cisaille les épaules, les soirées d'ivresse avec la mirifique Hilde aux cheveux rouges, maîtresse déchue du monde dont le vieux Barkas® en panne et les trois chiens s'étaient échoués un jour sur l'ultime parcelle de bitume entre les champs et les dunes, et qui attendait un bon dieu en se nourrissant de vodka, de tristesse et d'embruns.

 

Le début des années 190.

 

Un autre temps, elle vous dit.

 

À moins qu'elle n'ait tout rêvé.

 

Mais ça l'étonnerait, elle n'a aucune imagination.

 

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 14:52

 

Ma cliente vous prévient, cher cerveau : vous avez beau être le sien, que vous déteniez des informations à son sujet ou lui fassiez vivre des aventures abracadabrantes à son insu est une chose, mais que vous les lui diffusiez durant son sommeil en est une autre, et surtout que vous refusiez de les lui livrer — ou que vous ne les lui livriez plus que de façon parcellaire — à son réveil est répréhensible au regard de la Loi « Encéphalique et liberté » 78-17 du seize nivôse 186 et de tous les amendements qui en découlent, à l'exception peut-être des alinéas deux et six des Édits du deux messidor 226.

Merci donc, lors des périodes de dormition de votre hébergeuse, de vous en tenir dorénavant aux rêves agréés par icelle et dont la liste fut ratifiée par vous-même.

Pour mémoire, en cas de non-respect de cet accord la peine que vous encourez est la réclusion en boîte crânienne, sans possibilité de mise en liberté et jusqu'à ce que mort s'ensuive.

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 21:38

 

Elle n'a pas retenu ça, non, en regardant cet ancien vidéogramme sur l'asile de La Borde. Elle n'a pas retenu la bâtisse en pleine Sologne, elle n'a pas retenu les communs aux grandes fenêtres ouvertes, elle n'a pas retenu l'autogestion, elle n'a pas retenu les approches alternatives, elle n'a pas retenu le verger, elle n'a pas retenu les balades bucoliques aux côtés de Guattari. Elle n'a pas retenu l'intelligence et la liberté. Oh, bien sûr, elle sait que par définition la caméra est presque aussi menteuse que le cerveau ou la mémoire, elle sait que La Borde n'était (n'est ?) qu'une exception perdue au milieu des Sainte-Anne et des Villejuif. Elle n'est pas une lapine de six semaines, elle sait que les films ne montrent que ce qui est montrable, et qu'à Cour-Cheverny comme partout ailleurs dans la psychiatrie des années 180 il y avait encore et déjà des camisoles, des pleurs, des cris et des cages.

Non, ce qui l'a marquée c'est le niveau d'élocution, d'érudition, de clairvoyance et d'éducation politique des zinzins. Partout souffle le vent de la réflexion, partout de la cuisine aux chambrées la/le moindre aliéné(e) parle de Marx et de Mao, cite Sartre ou Debray. Schizophrènes, névrosé(e)s, hystériques, paranoïaques, tou(te)s ont ici conscience d'être à la fois la victime et l'enjeu, la serrure et la clef. La quête de lucidité est partout. En 185 la guerre de 176 est encore fraîche. La parenthèse ne s'est pas encore refermée. Tou(te)s se souviennent que la folie est une arme. Que la folie est sociétale. Et que quelque soit la pathologie, communisme et Savoir sont les seules issues.

Ça, c'est mémorable — puisque inéluctablement perdu.

Elle aussi, a été internée plusieurs fois. Mais assez longtemps après, vers le milieu des années 200. Et même si ce n'était pas à La Borde mais dans une structure plus... « traditionnelle », on pouvait déjà se rendre compte que les paradigmes avaient bel et bien changé. Certes, en dehors des périodes de cachot une relative liberté individuelle subsistait. Par contre plus question d'autogestion, et plus trace de combat politique. Encore quelques post-Mao-Spontex, hobos et punkàchien(ne)s en pyjamas dans les couloirs, mais la lutte des classes avait cédé la place à celle pour l'accession à la défonce, légale ou illégale. « Valium®-Tranxène®-Nembutal®-Yoghourt-Acide », chantait le poète. Des cris, toujours. Des cris, bien sûr. Des cris et des molécules.

Et des grands trous dans sa mémoire.

Elle préfère ne pas imaginer ce qu'il en est maintenant, tiens, de tout ça. Maintenant que le patronat, la bourgeoisie et « l'entreprise » ont fait main basse sur tout ce qui bouge, et que la nuit sécuritaire s'est abattue sur les aliéné(e)s. La chimie la carotte et le bâton, c'est ce qui rapporte le plus, Coco. Plus de Oury, de Guattari, de réflexion ou d'autogestion. L'abattage. La psychiatrie gueule ouverte dans une cabane de chantier. « Au suivaaaaaaant ! ». « Vacances à Megève si vous prescrivez mes bonbecs, docteur ». Trois Prozac® la gâterie. Le chiffre, Coco, le chiffre. Et puis faudrait pas qu'être zinzin devienne enviable : des pauvres pourraient se laisser tenter.

Pourquoi elle vous raconte tout ça ? Pour rien. Juste parce qu'elle a revu ce vieux film, « La Borde, le droit à la folie ». Un truc tourné un temps que les moins de... houla ne peuvent pas connaître.

Et parce que désormais où que le monde aille, elle a bien l'impression qu'il y va sans elle.

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 11:48

 

Non, je ne me souviens plus
Du nombre de balles perdues
Ce dont je me souviens
C'est de tous ces bouseux
Qui canardaient tout autour d'eux.
Manquaient tant d'intelligence
Z'étaient pleins comme des fûts
Alors quelle importance
Où s' fichent les balles perdues ?
Non je ne me souviens plus
Du nombre de balles perdues ;
Ce dont je me souviens
C'est de leurs yeux vitreux
Et de leur ton hargneux.
Et c'était bien
Et c'était bi... Aaaaaaaaargh !

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Dazibao initialement publié ici. Toutes mes excuses (et mes remerciements !) à Robert Nyel.

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3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 22:42


À ses heures creuses, elle survole parfois la Terre en Google Maps Airline. Et à chaque fois c'est au-dessus de Paris qu'elle est saisie : même sans être Parisienne, sur quelque nom de la carte que ce soit, du plus grand boulevard à la plus infime ruelle, une évocation, un souvenir, une référence — partout un roman, une chanson, une cavalcade, une barricade, un soutif brûlé, un roi poignardé, une Fantine abandonnée, un Malet, un Sue, une Colette, une rock-star enterrée, un bossu, une guerre, une Révolution, une architecture, un cabaret, une Mistinguett, un « Jambieeeeeeer ! ».

Rien n'est neutre, aucun endroit de cette ville n'est pas connoté, pas un mètre carré qui ne fut le théâtre de quelque romantisme, pas un pavé qui ne soit dans la mémoire collective, pas un recoin dans lequel la vieille dame ne serait jamais allée et dont elle n'aurait pourtant rien à dire.

Pas un seul nom qui ne lui parle pas.

C'est étonnant. Ça ne fonctionne qu'avec Paris. Et un peu avec Nantes.

Les autres villes, quand on ne les connaît pas, on ne les connaît pas.

 

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  • Nicole Garreau
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